26 Novembre 2015
Cette question, ou du moins, des réponses à cette question habitent souvent le discours des pèlerins à leur arrivée en la ville de l'apôtre Saint Jacques. Chacun y va de sa définition du pèlerin en se basant sur sa propre attitude sur le chemin. On émet beaucoup de doutes, voir des jugements, sur la qualité pèlerine de ceux qui nous entouraient sur le chemin, mais surtout, on ne remet pas en question son propre cheminement.
"Le vrai pèlerin, c'est moi!" Ce en quoi ils n'ont pas tout à fait tort car le plus important est de réaliser son propre pèlerinage. Il y a autant de chemins différents que de pèlerins, de la même façon qu'il y a autant de vies différentes que d'êtres humains. Alors, plutôt que de se soucier de l'attitude du voisin, essayons d'être le pèlerin de notre chemin. Ainsi, le "vrai pèlerin" de mon propre pèlerinage, c'est forcément moi...
Le temps du pèlerinage est un temps d'introspection, de dépouillement, de libération, de (re)connaissance de nous-même, de découverte, d'ouverture. Il apporte paix, sérénité, douceur, joie profonde, vérité et bienveillance.
Juger les autres pèlerins pour leur présence sur le chemin n'apporte ni joie, ni paix, ni sérénité, mais plutôt de l'aigreur, de l'amertume et une certaine fermeture.
C'est amusant car les pèlerins que j'ai rencontré à Santiago et qui étaient dans cette démarche, ils étaient passés à côté de leur pèlerinage. Ils ont oublié de vivre ce qu'ils avaient à vivre sur leur propre chemin. A s'occuper du chemin du voisin, ils en avaient oublié le leur... Ces attitudes entrainent une fermeture du cœur, une fermeture de l'esprit, une réduction du champ visuel, une fermeture des mains. Hors, à force de parler avec des pèlerins, je me rends compte que le plus important, pour un pèlerin, c'est l'ouverture. Quel que soit notre histoire, quel que soit le temps que nous passons sur le chemin (une semaine ou trois mois), quel que soit notre mode de transport (à pied, à cheval ou en voiture), est pèlerin celui qui s'ouvre au chemin, au monde, à lui-même, à Dieu; est pèlerin celui qui accueille le chemin, le monde, lui-même et Dieu.
Après avoir partagé avec des centaines de pèlerins durant l'été à leur arrivée à Santiago, je peux vous dire que tous les pèlerins qui ont vécu de magnifiques chemins de pèlerinages, sont ceux qui ont tout ouvert pour accueillir les pluies de grâces qui leur étaient offertes.
*Aparté: la nécessité de cet article m'a été inspiré par la rencontre d'un jeune pèlerin d'une trentaine d'années qui se disait vrai pèlerin. Cela faisait presque trois mois qu'il était sur le chemin. Parti "comme tout le monde", petit à petit, il a vidé son sac pour l'abandonner dans un refuge, a quitté ses chaussures pour marcher pieds-nus, a laissé sa bourse pour mendier le gîte et le couvert et a fermé sa bouche pour la rouvrir à mes côtés après un mois de silence. Ce pèlerin en avait après tout le monde. Lui, était un vrai pèlerin car il faisait le chemin "de la même manière que les jacquets du Moyen-Age". Les autres n'avaient rien à faire ici... Il en avait après ceux qui le prenaient en photo parce qu'il était pieds-nus. Il en avait après les organisateurs du chemin parce qu'il devrait y avoir tous les services nécessaires pour les "vrais pèlerins qui font le chemin sans argent". Il en avait après les pèlerins qui parlent, qui portent des sacs, qui dorment, qui mangent, qui.. qui, etc, etc.
Tout cela amène a une réflexion sur l'ouverture, sur la liberté de ses choix et le fait de les assumer (si on fait le chemin sans argent on assume les conséquences de ne pas pouvoir toujours être hébergé, etc), sur la démarche d'humilité du pèlerin (les revendications sont nourries par l'orgueil, même si on croit être humble parce qu'on est pieds-nus), etc. Tant de points que je n'ose développer aujourd'hui... A bientôt pour d'autres articles.